Peintures 2025-26

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Pathologie mentale et procédés plastiques : quelle intimité ?

Quand je revisionne l’interview de 2004 sur « La foi », je m’interroge… Quelque chose de précieux se trouve noyé dans l’émotion – elle-même dramatiquement diluée dans les larmes. Ce que je dis sur le « mystère de la création » me brûle au point de m’empêcher de penser et d’exprimer.

Ce que je dis parle de l’épousement de deux règnes cosmiques, co-émergents en voie-du-milieu : l’information et la matière. Le glissement créateur dans le temps vivant les mariant littéralement. C’est le moment du « devenir présent » (sentient et conscient), à l’instant même du surgissement de ces « œuvres-amies » qui, pour moi, ne traduisent que le flux-racine, originel. A l’époque, je ne connaissais pas encore la notion de Soi jungien – identité complète de soi. Ce jaillissement-source me synchronise de corps et d’esprit, au sein de l’énaction créatrice avec les médiums picturaux ou numériques. Dans sa genèse, la perle se forme donc au coeur du coeur de cette relation intérieure, consubstantielle au travail plastique sur le papier ou à l’écran. L’éclosion est celle, simultanée, du sentiment de soi, de l’autre et du monde – et de ce qu’ils ont à faire ensemble. C’est ma part sublime.

Cependant, à partir du moment où mes pleurs emportent tout, la dérégulation me rappelle à mes origines, essentiellement familiales. Ce même canal de sensitivité excessive est donc aussi bien susceptible de me rendre « médium » que psychiquement vulnérable, voire potentiellement psychotique ! Mes perceptions sont reines ; cependant, pour les avaliser, il m’arrive de rencontrer des difficultés. A trop m’embarquer, il est possible que je me retrouve dans le faux auto-fabriqué, auto-validé, auto-verrouillé. La pratique artistique (et philosophique, voire mystique) me permet alors de me restaurer dans des mondes de sens, sains et lumineux. Seulement, sont-ils réalistes, ou bien parallèles et seulement imaginaires ? Je ne saurais répondre à cette question.

Je sais pénétrer des mystères par le seul fait de mon intuition, mais m’abîme aussi souvent dans des reconstructions déracinées de toute vérité tangible. Ces manières d’existence empruntent toutes deux un tronc commun : la production de flux mentaux imagés, très émotionnels ou énergétisés, traduisant mon rapport direct au monde qui m’entoure – que j’intègre celui-ci à ma propre base auto-créatrice, cognitive et sentiente, de manière éveillée ou déviante.

Une souche commune (la perception vive, empathique et/ou imaginaire) et deux branches qui s’équilibrent (l’une inspirée, l’autre pathologique), pour une présence indéfinie, sans cesse reconstruite, qui néanmoins parvient à « faire œuvre » par la fluidité convoquée et la couleur générée. Une tentative de réactivation de la vie en sa qualité de santé primordiale et généreuse. Une confiance inconditionnelle dans le Divin, moyennant une éthique personnelle se conformant aux grandes lois existentielles d’amorisation inter-individuelle. Et ce, en dépit du spectacle du monde actuel…

Au final, une heuristique têtue, auto-centrée depuis un geyser profond, principalement a-social – peu relié aux normoses collectives ambiantes, que celles-ci soient d’ordre inconscient réel ou virtuel. Une inscription dans la communauté « en pointillés », pour une mystique à y délivrer souvent incomplètement identifiée.

Anika Mi, 13 mai 26.

I ] Schizophrénie paranoïde :

[ Définition ] La schizophrénie paranoïde est un sous-type de schizophrénie – tel que défini dans le DSM-IV (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux). Elle est le type le plus commun de schizophrénie. La schizophrénie est définie comme une maladie mentale chronique sous l’emprise de laquelle une personne perd contact avec la réalité (psychose).

[ Symptômes ] La schizophrénie est divisée en sous-types sur la base de la symptomatologie prédominant au moment de l'évaluation. Dans ce cas, le tableau clinique est dominé par un nombre relativement stable de délires paranoïdes, généralement accompagnés par des hallucinations, en particulier auditives (entendre des voix), et des troubles de la perception. Ces symptômes peuvent avoir un effet énorme sur le fonctionnement de la personne et un impact négatif sur sa qualité de vie.

[ Traitement ] La schizophrénie paranoïde est une maladie dont on ne guérit pas (même si certaines études et auteurs affirment le contraire) ; mais, avec un traitement antipsychotique approprié, une personne en souffrance peut retrouver de meilleures conditions d’existence.

II ] Expérience autobiographique : « schizophrénie paranoïde » versus réparation / restauration par la pratique picturale ou numérique >> vers un monde visionnaire sublimé

PENTURES À LA COLLE CHAUDE

Une technique-mixte particulière, associant la colle à bois avec la gouache et l'eau, successivement chauffées, brûlées puis rincées, ravinées. Par ce procédé itératif, l'émergence peut-être de formes figuratives explicites – immédiatement reconnaissables, identifiables, ou non. Une volonté de rencontre avec « des êtres » qui s'impriment ; mais surtout une ouverture et un abandon à la pure dimension spectrale invisible. Une manière de parer à l'incommunicabilité de fond de ce monde matérialiste, ainsi qu'un mode de connaissance de soi-même reposant sur la fiabilité de sa matrice physique (au sens élargi).

Dès adolescente (17 ans)

TOCs (10-12 ans) = rituels obsessionnels compulsifs rigides, quasi autistiques >> carcan nerveux sensitivement ré-incorporé via une rythmique particulière = un balancé du corps à exécuter parfaitement – à l’activation automatique vitale !

La colle, l’eau et la gouache comme moyens de déléguer mon intentionnalité à quelque chose de bon, de fluide et de naturel, faisant résonance guérisseuse en moi.

Adulte (24 ans)

Le brûlé, via l’entremise d’un chauffage au sol, viendra plus tard, au fil de ma fascination pour la réactivité de la matière en sa qualité tellurique (des bulles de cuisson) : une « cuisine » quasi géographique !

Je me trouve en prise physique et énergétique « à chaud » avec les éléments, résistants >> un corps à corps au-delà de l’altérité des matériaux >> via « les présences » qui les habitent (humaines ou animales, personnages fantasques, hybrides, ou ancêtres karmiques).

MEMBRANE NUMÉRIQUE

Reconstitution d’une « machinerie » humaine « corps-esprit », au sein d’un environnement éminemment relationnel >> contact sensoriel originel et intersubjectivité dynamique.

>> naissance à soi-même au sein du cocon organique (réconciliation interne) et dans la co-maternité humaine / amoureuse (pénétration des mondes mentaux d’autrui).

= une manière de restauration psychique et physique (hypnotique), via une interface interactive / énactive numérique.

>> à partir des données continues issues des senseurs (débit sanguin périphérique, sudation, variabilité thermo-dermale et respiration), traitement d’un flux d’images animées (continuum physiologique et incrustations vidéos) via la systématisation d’encrages colorés multi-couches.

>> recherche de la fabrication de mondes plastiques, beaux et différentiés, en conformité avec la matrice des mondes bouddhiques du Bardo de la Vie (dieux, dieux jaloux, humain, animal, fantômes affamés, infernal) → jeu sur la couleur (teinte, luminosité, contraste, saturation) et la mobilité de l’image (auto-organisation des agents graphiques – entre eux et avec la matière performative des vidéos).

COMPOSITIONS NUMÉRIQUES

Un héritage de cette manipulation initiale-là…

Une fois la technique mixte à la colle chaude réalisée et photographiée, vient le travail numérique de composition multi-calques sous logiciel Photoshop, ou équivalent. Un jeu abstrait de mélange de couches de couleurs selon des modes d'encrages variés (éclaircir, assombrir, superposer, lumières, différence, exclusion, soustraction, extraction, fusion, division,...) - à l'infini des possibilités. Au fil de la dérive, le coup d'oeil consistant alors à repérer les combinaisons le plus "heureuses", à les pousser et les chahuter, avant de les stabiliser et les exporter.

Une genèse subliminale, souvent ténue, de l'empreinte floue à la forme presque nette. L'obtention d'une variation parfois légère et séduisante, parfois intense et rugueuse, de la tonalité lumineuse et colorée. A partir de textures visuellement lisses ou accidentées, un voyage dans l'épaisseur des différentes qualités de la matière virtuelle. En elle-même, l'exploration subtile et dynamique des multiples mondes du rayonnement, en leurs mille nuances d'apparition (teinte, luminosité, contraste, saturation,...).

Au terme de la sélection des épreuves, des impressions sur aluminium (format 30*40) peuvent m'être commandées.

III ] Le naturel de la couleur à la colle chaude et l'artificiel des encrages numériques – tant dans l'acte créateur qu'au sein de la réceptivité de l'oeuvre par le regardant

Sans doute un double mouvement :

  • physique : corporel et énergétique (ascendant, upward, bottom-up) pour le premier = naturel ;
  • psychique : mental et esthétique (descendant, downward, top-down) pour le second = artificiel.

Colle chaude et mélange numérique >> similarités :

  • saturation de l’image / remplissage de la feuille entière >> difficulté perceptive (mal-être) avec l’espace vide ; structuration par le plein >> peu de respiration, perspective nulle.
  • richesse associative des matières colorées >> densité des teintes et variabilité des textures (boursoufflures de la colle et effets « aquarelle » de l’eau) // en miroir de la connectique neuronale synchrone, illuminant simultanément de nombreuses zones cervicales éloignées les unes des autres.
  • véritable sensation de « bien-être » via le bombardement chromatique (au fil de la pratique, dans sa recherche, ainsi qu’au vu du résultat final) → la couleur est-elle associée au plaisir dans le cerveau ?
  • quelque chose, chaque fois, m’échappe / je ne suis plus « seule » >> ce n’est pas « moi » qui agis ; je suis « agie » par quelque chose d’à la fois plus archaïque, incarné, spontané et de mystérieusement par l’autre « habité » ; je rentre en contact autant avec un « moi-même » originel qu’avec un « alter » invisible, qui me sort définitivement de ma solitude ; mes images sont « mes amies » au sens où elles véhiculent le point de contact / le lien avec l’autre, dans l’ailleurs ; je suis à la fois dépossédée de moi-même et ré-investie / « possédée » par une puissance inconnue (hasard ou manifestation réelle) ; je me donne au divin, mais rafle aussi les scories du bas astral (des informations éparses et latentes), avec son lot de souffrances incommensurables.
  • >> réparation par le dé-figement, le remplissement, la chaleur et la communication.
  • >> une manière de transformation / transmutation / alchimisation / sublimation du mal enduré ; un retour à la vie en son fonctionnement naturel et spontané ; une façon d’y participer, de s’y adonner, de s’y replonger nue et toute entière – comme pour la première fois ! ; par mimétisme avec les éléments, la vie revient en moi !

Colle chaude et mélange numérique >> différentiations :

  • le travail à la colle chaude procure une sensation foetale de réconfort ; il me fait m’incarner dans la chaleur de l’antre maternelle ; un processus corporel de remontée « bottom-up » qui agit sur mon esprit en le décrispant de ses névroses avancées ; une pratique, somme toute, proche de la méditation de pleine présence, via l’ancrage dans l’assise et la circularité dans le souffle ; une nouvelle existence au monde devient alors possible.
  • le mélange numérique – immatériel – ressemble davantage à l’écriture ; il aspire dans des sphères éthériques habituellement inaccessibles en conscience de veille, car plus élevées ; une irrigation spirituelle de type « top-down » qui détend mon corps et le rend disponible à l’accueil fécond ; je peux devenir « mère ».
  • >> un double enfantement en « voie moyenne » de procréation : la naissance à un nouveau « moi-même » (corps-coeur-esprit) ; ainsi que la connexion aux mondes, souvent difficiles, des outre-tombes : des formes non-voulues apparaissent (cf. paréidolie)
    • lesquelles sont de véritables « rencontres » : par moi, des êtres / apparitions se soulagent, expriment leurs tourments – ils sont vus et reconnus, ainsi peuvent-ils disparaître ;
    • lesquelles parlent (ou non) à ma situation psychanalytique personnelle courante ; ces formes souvent m’éclairent : elles sont de l’information inconsciente désenclavée, dés-engrammée.

Remarques sur l’esthétique des deux modes / point de vue du regardant :

  • colle analogique >> travail sur l’informe / la genèse de la forme « à la Fautrier » : matière par endroits épaisse et indistinction de la présence dedans
    • perception infra-liminale – au niveau du rêve et donc de l’inconscient ⇒ captation de plus de vérité – venue de plus loin.
    • de l’équilibre formel, mais pas forcément de réelle beauté – cf. crudité organique ou sanguine – pouvant engendrer un rejet du regardant.

  • mélanges numériques >> manipulation à l’infini de combinaisons initialement plus ou moins belles ou attractives → sélection des plus séduisantes ou signifiantes ; finitions lisses et résultats « plus léchés ».
    • selon quels critères ? : chatoiement harmonieux des nuances chromatiques ; ou/et extraction formelle – quand identification d’une présence émergente globale, même fantasque, à l’intérieur de l’image.
    • mes créations numériques sont souvent moins perturbantes que celles à la colle chaude, qui régulièrement remuent les entrailles – au sens propre.

  • le numérique – artificiel – implique intrinsèquement l’absorption du virtuel selon son acception « chaosmatique » : à savoir qu’il intègre progressivement ce qui vient faire « événement » ou « actualité » dans le réel, via le champ des possibles.
    • il convoque une large part d’aléatoire – qui ne correspond pas forcément à du hasard (cf. oracles).
    • sa substance pixelisée est quasiment immatérielle / informationnelle : il ne joue qu’avec le spectre de la lumière >> le corps s’en trouve différemment impacté – tout symptôme pathologique en est écarté (plus de matière noueuse ou de silhouettage déformé).
    • il y a à la fois un aplanissement des reliefs et un apaisement du psycho-somatique – aucun déclenchement réactionnel, émotionnel, à la chaîne ; moins de douleur.
    • accès à des mondes, diaphanes ou terrifiques, plus froids, parfaits, unis et distanciés.
    • niveau vibratoire de la création potentiellement plus élevé – plus du tout ramassé dans la seule chimie organique de la cellule ou de l’atome.
Peinture à la colle chaude en vis-à-vis d’une composition numérique. (56*76)

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