La métaphore de l'organisme
Et pendant que les cortèges s'élancent...
Quelqu'un, face aux moult écrans, suit les images dans les médias et écrit sur une page blanche. Ce qu'il capte de tout cela le rend très confus, et même fiévreux - tant les tableaux successifs sont déroutants : qu'ils soient créatifs dans la revendication et la paix, ou agressifs dans la rage et la charge. Pas les mêmes !
En face, par impuissance et dépassement, le maintien de l'ordre inverse parfois la légitimité de son pouvoir : malmenant violemment les premiers et s'abstrayant, à leur corps défendant, face aux seconds. Un renversement temporaire des valeurs.
Force aux manifestants à faire vivre et aboutir leurs droits légitimes ! Force aux CRS à encadrer et protéger une foule républicaine en réelle demande vis-à-vis du pouvoir, et à contrer et réprimer toute tentative d'insurrection ou de pillage. Les uns sont nécessaires aux autres - à l'exception des fauteurs de troubles ! que ceux-ci soient organisés ou opportunistes, groupuscules idéologisés ou délinquants ignorants.
Le pouvoir, par le dessus ?
Le pouvoir (ainsi nommé) est-il le problème, ou la solution. Si "solution" il y a, alors comment ? Le pouvoir est-il nécessairement aussi centralisé qu'on l'observe ou qu'on le pense devoir être ? Démocratique, quel est son lien vivant avec la base ? Comment le peuple, qui le constitue, le fait-il émerger par sa souche ? Comment le pouvoir est-il alors censé faire évoluer "son emprise" sur le peuple (via des boucles de rétroaction, ou feedback loops) au fur-et-mesure des circonstances traversées par l'ensemble ? Par le truchement d'une emprise à dimension bilatérale : à savoir, une relation descendante (downward : de la tête au corps), en nécessaire accord avec toute remontée émergente (upward : du corps à la tête). Tout conflit - de haut en bas et de bas en haut - méritant l'initiation d'une conversation ou concertation, au sens le plus noble et profond du terme.
Si problème d'harmonisation interne au corps social il y a, il faut que chacun sache trouver et prendre sa place. Afin que les émergences (ascendantes) issues des processus énactifs entre les agents de la base continuent d'informer l'ensemble selon une polarisation "haut - bas - haut" saine : depuis un niveau non-pas "supérieur" mais riche en propriétés nouvelles (et légitime pour cela). Cette "régie" au sein de l'ensemble doit-elle néanmoins obligatoirement se constituer en organe distinctement identifié (tel le cerveau - fonctionnant certes en réseau distribué et connecté au reste du corps) ? ou bien, à même le corps, demeurer rigoureusement disséminée (tels les noeuds de la toile du world wide web) ? En d'autres termes, quel est le rôle spécifique du cerveau dans la cognition incarnée pour que l'ensemble fonctionne et se coordonne ? Quel est son pouvoir - dans la décision, l'action et la régulation ? Quelles sont aussi bien ses prérogatives (depuis le niveau innovant - downward) que ses contraintes (par respect pour le possible du fondement - upward) ? Dans l'entre-choc des deux, quelle règle, quelle hiérarchie, quelle unité ?
Le cerveau préserve l'homéostasie, ou équilibre, de l'organisme en lui-même (dont il fait partie), et le projette dans la présence à ses environnements successifs, spécifiques. Le principe de cette auto-organisation physiologique, intégrée en elle-même et dans le monde, s'applique aussi bien, de manière métaphorique, à la mécanique sociétale. Par où le pouvoir de nos démocraties pêche-t-il pour en arriver ainsi à l'émeute organique ? La révolte maladive des cellules signifie leur mal-être, via l'impossibilité de leur bonne marche holistique. La crise pour elles est cruelle. A leur tête, d'autres cellules : les neuronales - légitimes en tant que bloc séparé ? Le cerveau fait partie intégrante du corps, et le corps - dans sa dimension motrice et émotionnelle - contribue à la cognition de manière décisive ! La clé réside dans leur symbiose, quand celle-ci parvient à une parfaite synchronisation.
La poussée, par le dessous
Ainsi, actuellement, la société se travaille-t-elle de manière intestine. Et s'accorde-t-elle, difficilement, dans une douleur incommensurable : par le rafraîchissement de sa base - sa jeunesse. Le corps se renouvelle par la jouvence de sa lumière, tandis que le cerveau - en tant que méta-régulateur - doit veiller à en épouser l'évolution lente ou subite. La poussée présente est forte - faite de santé, mais aussi d'extrêmes. Favoriser, pouponner, la force des uns et canaliser, voire éradiquer, celle des autres. Interfacer dans la forme ce qui sinon ne s'écoute pas et s'affronte, tel est le rôle des agents de la paix ; médier dans le fond ce qui de part et d'autre ne demande qu'à être reconnu pour l'intelligence de l'ensemble, tel est celui de qui ? si, au sein du pouvoir, plus personne ne tend l'oreille.
Il est vrai que le pouvoir (la tête) est lui-même pris dans la complexité de la relation globale à l'environnement - naturel (climatique et biologique) et civilisationnel (politique, économique et géo-stratégique). Et les tensions ici sont maximales. Comment articuler la fluidité endogène à celle exogène ? Et l'inverse. Il y a peut-être un moment où c'est à tout le monde de se remettre collectivement en question ! Au pouvoir, associé à la richesse indue de certains, de dégrossir les inégalités crasses, d'aplanir les asymétries crues (laïcité, justice sociale) ; au peuple de généreusement se mobiliser dans la conscience des risques solidairement encourus au sein des environnements externes - internationaux (solidarité au sein de l'Europe, multi-latéralisme mondial).
Nous, adultes et seniors, montrons-nous éveillés et courageux envers notre jeunesse. Ardemment, elle nous y pousse... demandant à comprendre et à être éduquée afin, elle-même, bientôt, de prendre le relais selon sa propre restructuration visionnaire. Après tout, demain lui appartient... plus qu'à nous. Donnons-lui les clés. Et gardons-en un double. Car notre jeunesse à nous veille désormais à l'intérieur d'un écrin d'attention et de sagesse.
Anika Mi - 24 oct. 2026
